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dimanche, 09 novembre, 2008

OFLAG X D Fischbeck | Le Service Santé

HACHEZ Freddy (Lettre clandestine, fin juillet 1943)

PARASITES

Parlons aussi des puces ! C’est la grande plaie du camp. Elles sont parfois dans les paillasses, faites de copeaux de bois (Je préfère la paille que nous avions à Prenzlau : elle était pourtant vieille de 4 ans !) dans les cloisons, dans les planchers, dans le sable aussi… Leurs morsures sont curieuses et fort désagréables : elles laissent des traces comme des pustules de vaccin contre la variole. Certains réagissent très fort : gourmes d’un rouge violacé qui se couronne d’une ampoule, s’envenime plus ou moins ! Quant à moi ce ne fut pas aussi grave, je suis resté dans une honnête moyenne : mes bras, mes jambes, mon ventre ont présenté l’aspect d’une bonne varicelle avec fortes démangeaisons mais cela va beaucoup mieux. Il parait qu’une certaine immunisation s’opère au bout d’un certain temps ; je suis disposé à le croire. Les dernières morsures dont j’ai été victime ont provoqué des réactions beaucoup moins fortes. Tu me demanderas : comment ne supprime-t-on pas ces sacrées bestioles ? – Tous les insecticides du monde n’y ont rien fait. On en est réduit à faire la chasse : matin et soir on passe une inspection méticuleuse de son linge, on visite sa housse et l’on est heureux comme un gosse au matin de la St-Nicolas quand la battue a été fructueuse.

OFLAG X D Fischbeck | Description du Camp

HACHEZ Freddy (Lettre clandestine, fin juillet 1943)

Nous voici dans un nouveau camp ! Que t’en dire que tu ne saches peut-être déjà ? C’est le moins bon de ceux que j’ai connus. A notre arrivée ici, nous avons tous trouvé que ceux qui s’y trouvaient déjà, avaient un aspect sale, le teint terne et poussiéreux de la population ouvrière des régions charbonnières de chez nous ! Quelques heures de séjour dans le camp ont suffi à nous donner l’explication de ce phénomène. Le camp est construit sur une colline de sable noirâtre et gras qui ressemble fort à de la poussière de charbon et que le moindre vent soulève en tourbillons ! Un de mes amis a fort bien dit de ce camp : « un terril dont on a essayé de faire une dune ! ». On a beau se laver 2 fois, 4 fois par jour ! Cela vous colle à la peau qui conserve un reflet sale ! Et le linge n’en parlons pas… (…) L’impression générale en arrivant de Prenzlau ici c’est qu’on descend d’un ou de plusieurs degrés dans le domaine du confort… Le passage d’un bel hôtel à une auberge de campagne : on paie moins cher, mais tout y est moins bien, moins bon, moins rapide, moins propre, moins confortable, moins select, moins régulier (le service des lettres et colis). Et je pourrais aligner encore toute une série d’épithètes : je te laisse le soin de les trouver.


Les baraques qui nous abritent (elles abritent puces et souris) sont fort primitives : en bois, pas très élevées, elles ne sont pourvues ni de lavoirs, ni de W.C. et comme nous y sommes enfermés du soir au matin (de 21h30 à 6h30 actuellement) la satisfaction des besoins, pendant ce temps, se fait dans des seaux sans couvercle placées près de la porte de la baraque… comme hygiène, il y a mieux… Après ce que j’ai vu et vécu en captivité, qu’on ne vienne plus me parler de typhus, de contagion, de maladies infectieuses ! J’ai acquis sur ce sujet des idées bien nettes ! Les lavoirs ne sont donc pas dans les baraques de logement : il y a 4 lavoirs dans le camp. C’est un sérieux inconvénient, car s’y rendre au saut du lit, par temps de pluie, manque totalement de charme et de confort… Quant aux installations sanitaires.